Le numérique, bouc émissaire de la transition écologique

On nous bassine avec la sobriété numérique. Pourtant, derrière cette croisade médiatique se cache une incohérence fiscale bien plus gênante : plus on consomme d’énergie, plus les collectivités locales gagnent d’argent. C’est fou ? Non, c’est français. KOVREM vous explique.
Le numérique : le bouc émissaire idéal
Depuis quelques années, le numérique est devenu le bouc émissaire idéal de la transition écologique. Les centres de données et surtout l’intelligence artificielle sont régulièrement pointés du doigt pour leur consommation électrique considérable. Les institutions, comme l’Agence de la transition écologique ou la Mission interministérielle du numérique écoresponsable, multiplient les alertes et organisent des événements pour promouvoir des pratiques plus vertueuses. Pourtant, derrière cette croisade médiatique se cache une autre aberration, bien plus structurelle et rarement dénoncée avec la même vigueur : le financement des collectivités locales par les taxes sur l’électricité et les carburants. Un système qui, sans le dire, incite, selon votre point de vue, soit à la surconsommation énergétique, soit à l’absence de sobriété énergétique.
Un cercle vicieux
Le numérique est effectivement énergivore (il y a aussi le problème de l’eau). Les centres de données pourraient voir leur consommation électrique doubler d’ici 2030, et une politique de sobriété numérique très volontariste serait nécessaire pour inverser la tendance. Mais ces initiatives, aussi nécessaires soient-elles, masquent une réalité bien plus gênante. En France, une partie significative des taxes sur l’électricité et les carburants est reversée aux collectivités locales. Une fraction importante de la taxe sur les carburants et de la taxe sur l’électricité est ainsi affectée aux communes, intercommunalités, départements et régions. Cela représente plusieurs milliards d’euros par an. Dit autrement. Lorsque vous payez votre facture de gaz ou d’électricité, une partie de cet argent tombe dans les caisses des communes, intercommunalités, départements et régions. C’est magique !
Il en résulte un cercle vicieux : plus on consomme d’électricité et d’énergie fossiles, plus ses recettes fiscales augmentent pour les communes, intercommunalités, départements et régions (mais aussi pour l’État). Le Guide 2025 sur la fiscalité des énergies confirme que l’électricité reste plus taxée que le gaz, alors qu’elle est présentée comme un « levier central » de la transition énergétique. Une incohérence de plus.
Au passage, pour KOVREM, l’électricité n’est un levier que si elle est décarbonée et dénucléarisée. Oui, le nucléaire pour produire de l'électricité, c’est mignon, mais le bilan carbone d’une centrale et de son fonctionnement n’est pas négligeable. Ne parlons même pas du coût de démantèlement des anciennes centrales à plusieurs dizaines de milliards d’euros l’unité (facture pour le consommateur) et celui du stockage des déchets radioactifs pendant des millions d’années... Fin de la parenthèse.
Cette incohérence, reconnue dans les rapports officiels, n’a pour l’instant donné lieu à aucune réforme ambitieuse. Dommage.
L’omerta ! (ou presque)
Alors pourquoi un tel silence ? Plusieurs explications peuvent être avancées. La fiscalité énergétique locale est un sujet technique, peu médiatique, bien moins accessible que la critique des centres de données ou de l’intelligence artificielle. Ensuite, les collectivités locales sont des partenaires incontournables pour la transition écologique, notamment via les plans climat ou les schémas régionaux. Critiquer leur modèle de financement, c’est risquer de s’aliéner des alliés clés. Enfin, le numérique, parce qu’il est visible, innovant et symbolique, concentre l’attention, au détriment de réformes structurelles moins attrayantes pour le grand public.
Pour KOVREM, il y a aussi une autre raison. Moins avouable. Qui vote les lois ? Souvent les mêmes qui sont à la tête de nos communes, intercommunalités, départements et régions. Nos chers politiques ! Vous pensez sérieusement qu'ils vont faire passer des textes qui vont diminuer le budget des collectivités qu’ils dirigent (parfois depuis des décennies ?). Non. Être à la tête de ces collectivités locales représente pour nos politiques bien plus qu’un simple ancrage. C’est un gagne-pain ! Qui versent les indemnités qu’ils touchent ? Les collectivités. Réduire ou supprimer les revenus issus de la consommation d’énergie reviendrait à réduire le budget de fonctionnement. À la clé, moins d’investissement, moins de prestige, moins de moyens d’action. À la place, une gestion rigoureuse peu flamboyante et donc moins de chance d’être élu, adieu le gagne-pain.... Vous ne voyez pas le rapport ?
- Version 1. Il fait quoi le maire ? Il gère. Ah, bof. Il est donc interchangeable.
- Version 2. Il fait quoi le maire ? Il a rénové les écoles et fait une crèche. Il est génial, il faut qu’il reste en place, je vote pour lui.
Est-ce plus clair ? Pour de belles écoles et une crèche, il faut consommer beaucoup d’électricité et de carburants ! La transition écologique, c’est le problème des générations futures...
Revenons à nos moutons (électriques😉). La sobriété numérique est une nécessité, mais elle ne doit pas servir d’alibi pour éviter de s’attaquer aux vrais freins systémiques. Une transition écologique cohérente ne peut se contenter de symboles : elle doit s’attaquer aux mécanismes. Si les écologistes veulent être crédibles, ils devront mettre le débat de la fiscalité de l’énergie sur la place publique avec la même force que celle déployée contre les excès du numérique. Car une transition écologique qui récompense la consommation plutôt que la modération n’a tout simplement aucun sens.
Et le financement des collectivités locales alors ? Il faudra être créatif et aussi arrêter de faire certaines dépenses ou envisager les choses autrement. Comme quoi ? Restons dans le numérique... Deux exemples concrets à Raon l’Étape :
- 17 000 euros pour ordinateur pour faire le bulletin municipal. Il y a 15 000 € de trop.
- 20 000 euros pour deux postes informatiques d’occasion. Il y a 18 000 € de trop.
Bilan 33 000 euros d’économies ! Et la liste est longue. Dans toutes les communes, intercommunalités, départements, régions. Il parait que vous avez un bulletin de vote. Alors, lisez les programmes des candidats, posez des questions et votez.