00:00:00, ou pourquoi vous lisez ces lignes
Vous avez trouvé. Bravo ! Vous faites partie de ces visiteurs qui ne se contentent pas de la surface, qui regardent un peu plus loin, qui s'interrogent quand quelque chose attire leur œil. Ce petit chronomètre figé à zéro, c'était pour vous.
Si vous êtes ici sans avoir reconnu la référence, ce n'est pas grave. Le 00:00:00 est un clin d'œil au film « Time Out » d'Andrew Niccol, sorti en 2011. Un film méconnu, parfois jugé bancal, mais dont l'idée centrale est très puissante. Dans ce monde imaginaire, le temps a remplacé l'argent. Chacun naît avec un capital temps, qu'il dépense pour vivre (faire ses achats…) et qu'il regagne en travaillant. Les pauvres meurent jeunes, le compteur étant à zéro, ils ne peuvent s'offrir une journée de plus. Les riches sont quasi immortels. Le temps est devenu une monnaie, et la vie, une transaction.
Une dystopie ? Pas si sûr. Regardez autour de vous...
Le temps comme monnaie, version numérique
Combien de temps avez-vous passé devant un écran cette semaine ? Combien de minutes données à Instagram, TikTok, YouTube, X, Facebook, Netflix ou tel autre flux infini ? Et vous, qu'avez-vous reçu en échange ? Du divertissement, certes. Parfois de l'information. Souvent, juste de la distraction ou de la haine.
Pendant ce temps, à l'autre bout de la chaîne, votre attention a été convertie en valeur. Chaque scroll, chaque pause sur une vidéo, chaque émotion suscitée par un contenu nourrit des modèles publicitaires, alimente des algorithmes, entraîne des intelligences artificielles. Vous ne consommez pas seulement du contenu. Vous êtes le contenu. Vous êtes la matière première.
En octobre 2025, dans une ancienne version de mon site, j'écrivais ceci :
« Comme la production de contenu pour Internet coûte cher, la principale astuce des plateformes (avant l'avènement des IA) c'était de laisser les internautes le produire eux-mêmes. Ce qui se résume à : tu travailles gratuitement pour moi, je monétise ton travail, tu deviens mon esclave, car je flatte ton orgueil, ta vanité. »
C'est brutal, mais c'est juste. Et avec l'arrivée des IA génératives, le mécanisme s'est encore raffiné. Vos messages, vos photos, vos textes, vos voix sont aspirés pour entraîner des modèles dont les profits ne vous reviendront jamais. Le temps que vous croyez « passer » est en réalité un temps que vous « donnez ». Sauf que personne ne vous a demandé votre avis, et que vous ne recevrez rien en retour. On vous exploite comme du bétail.
Le compteur de Time Out tourne pour vous aussi. Simplement, on ne vous l'a pas dit.
La déception
Le problème ne s'arrête pas au temps volé. Il s'inscrit dans quelque chose de plus vaste, de plus profond, qu'on pourrait appeler la « déception informatique ».
Pour les âgés d’entre vous, souvenez-vous des promesses. À la naissance de l'Internet grand public, on nous a vendu un monde meilleur. Le savoir partagé pour tous. La fin des intermédiaires. La libération des créateurs. La démocratisation de la culture. La paperasserie disparaissant grâce à l'automatisation. Une éducation accessible partout, gratuitement. Des citoyens mieux informés, plus curieux, plus éveillés. Un autre monde. J’avoue, j’ai cru en ces promesses.
Plus de trente ans plus tard, le bilan est cruel. Le partage culturel a été criminalisé pendant que la haine et la publicité prospéraient. Les démarches administratives sont devenues un combat quotidien contre des formulaires qui refusent vos réponses. Les écoles ont remplacé la pensée par la production de diapositives PowerPoint. Et nous nous battons régulièrement avec des procédures conçues pour nous décourager, parce qu'elles sont conçues pour cela.
Pire, on nous a privés de notre autonomie. Vos appareils, ces ordinateurs miniatures que vous portez dans votre poche (smartphone), sont devenus des objets que vous ne pouvez plus modifier, plus réparer, plus vraiment posséder. Ce qu'un amateur curieux pouvait faire avec son ordinateur il y a vingt ans demande aujourd'hui une armée de professionnels et l'autorisation de trois multinationales de la Tech.
La merdification organisée
Il existe un mot pour décrire ce phénomène. Un mot un peu cru, mais d'une justesse remarquable. L'auteur canadien Cory Doctorow l'a popularisé : la merdification (enshittification dans sa version originale).
Le principe est simple. Une plateforme commence par offrir un service gratuit ou bon marché pour attirer des utilisateurs. Une fois ceux-ci captifs, qu'ils ont migré toutes leurs données, tous leurs contacts, toutes leurs habitudes vers la plateforme, le piège se referme. Les concurrents ont disparu. Migrer ailleurs est devenu impossible, trop coûteux ou complexe. Le client êtes alors captif. On peut l’exploiter jusqu'au trognon. Augmenter les prix. Réduire la qualité. Multiplier les publicités. Couper le support client. Pourrir la vie de ceux qui voudraient partir, pour qu'ils restent par lassitude.
Ce n'est pas un accident. C'est une stratégie. Documentée, théorisée, appliquée méthodiquement par tous les géants de la Tech mais pas que... Des exemples ? Amazon, Google, YouTube, Facebook, Windows, X, votre banque, la Poste...
Et l'IA générative, cette dernière mode dont on nous rebat les oreilles, n'est qu'un nouveau chapitre de la même histoire. Une nouvelle promesse pour faire oublier que les précédentes n'ont pas été tenues. Une nouvelle bulle qui finira par éclater, comme les autres. En attendant, c'est une nouvelle solution pour vous enchaîner, travailler gratuitement ou vous dire quoi penser et comment dépenser votre argent. Bref, faire de vous une marionnette qui court dans tous les sens, pensant que l’essentiel est là. Qu’on existe parce qu’on utilise la technologie.
Pourquoi cette page existe
Je ne peux pas écrire tout cela sur la page d'accueil de KOVREM. Ce serait perçu comme militant, ou aigri, ou désespéré. Cela ferait fuir des clients qui ne sont peut-être pas encore prêts à entendre ce message.
Mais ici, dans ce coin discret du site, où seuls les curieux atterrissent, je peux parler franchement. Vous êtes venu jusqu'ici en suivant un indice. Vous avez fait l'effort de regarder, de cliquer, de chercher. Cela mérite un autre niveau de conversation.
KOVREM n'est pas une entreprise informatique comme les autres. Vous l'avez peut-être déjà compris en parcourant le site. Pas de magasin, pas de vente de matériel, pas de partenariat commercial, pas de facturation à l'heure, pas de publicité sur le site, pas de tracker, pas de financement extérieur. Juste des prestations honnêtes, un travail de pédagogie, et une indépendance jalousement gardée.
Pourquoi cette obstination ? Parce que dans le monde que je viens de décrire, il faut bien que quelqu'un propose autre chose. Pas pour faire la révolution. Pas pour s'opposer frontalement aux géants du numérique. Juste pour offrir une alternative, à hauteur d'humain, dans un coin des Vosges, à ceux qui en ont besoin.
Notre symbole est un colibri. Vous connaissez peut-être la légende. Pendant que la forêt brûle, le colibri va chercher quelques gouttes d'eau dans son bec pour les jeter sur les flammes. Les autres animaux se moquent de lui. Il leur répond simplement : "Je fais ma part."
C'est exactement cela. KOVREM fait sa part. Et vous, en lisant ces lignes, vous faites déjà la vôtre. Vous regardez. Vous remarquez ce que les autres ne voient plus. C'est un premier pas, et ce n'est pas un petit pas.
Pourquoi ils s’en tirent ? Parce que nous les y autorisons.
Les géants de la tech ne sont pas nos alliés. Leurs intérêts ne seront jamais alignés avec les nôtres.
Ils pratiquent l’obsolescence programmée à tous les niveaux : matériel (des smartphones jetables), logiciel (des mises à jour qui cassent tout), et même culturel (des réseaux sociaux conçus pour nous rendre addicts et passifs). Ils collectent vos données de manière massive, intrusive, et souvent illégale, merci au lobbying efficace pour éviter les régulations. Ils imposent leur vision du monde : transhumanisme (la technologie comme religion, l’humain comme produit à optimiser), capitalisme extrême (tout doit être monétisé, tout doit être optimisé pour le profit), dérives idéologiques (certains financent des mouvements extrémistes, d’autres censurent sans transparence).
Et nos politiques ? Ils courent derrière eux, leur offrent subventions, avantages fiscaux, lois sur mesure. Pourquoi ? Parce que le logiciel capitaliste est le seul qu’ils connaissent.
Résultat : nos démocraties s’effritent (désinformation, manipulation, surveillance de masse), notre autonomie disparaît (on ne maîtrise plus nos outils, nos données, notre temps), notre planète souffre (data centers énergivores, extraction minière destructrice, déchets électroniques toxiques).
Une autre voie est possible.
Le numérique tel qu’on le connaît n’est pas une fatalité. Il peut être sain, éthique, respectueux. Voici ce que vous pouvez faire, concrètement, dès aujourd’hui.
Reprenez le contrôle de vos données. Quittez les géants de la tech. Remplacez Gmail par Tutanota, Google Drive par Shadow Drive, WhatsApp par Element. Chiffrez vos communications. Sauvegardez localement vos données sur un SSD externe ou un NAS. Ces gestes simples réduisent déjà leur emprise.
Libérez-vous des logiciels privateurs. Passez à Linux (Ubuntu, Fedora, Debian) sur votre PC. Utilisez des alternatives libres : Firefox pour naviguer, LibreOffice pour la bureautique, GIMP ou Krita pour la retouche photo. Boycottez les logiciels espions : évitez Windows 11, macOS, et les applications mobiles qui volent vos données.
Résistez à la surveillance et à la manipulation. Installez un bloqueur de trackers comme uBlock Origin. Utilisez un moteur de recherche éthique : DuckDuckGo, Qwant ou SearX. Désactivez les notifications. Limitez votre temps sur les réseaux sociaux. Votre attention est précieuse : ne la gaspillez pas.
Boycottez l’économie de la surveillance. Évitez les achats en ligne chez Amazon : privilégiez les petits commerces, les coopératives. Ne financez pas les géants : pas d’abonnements à Netflix, Disney+ ou Spotify (préférez PeerTube pour les vidéos, achetez votre musique sous forme de fichiers FLAC). Choisissez des hébergeurs éthiques comme OVH, ou auto-hébergez. Soutenez les alternatives éthiques : Fairphone pour un smartphone réparable, des PC respectueux de la vie privée, Mastodon pour des réseaux sociaux décentralisés.
Agissez collectivement. Parlez-en autour de vous. Soutenez les associations qui luttent pour un numérique éthique, comme La Quadrature du Net, Framasoft ou l’EFF. Exigez des lois plus strictes : interdiction de l’obsolescence programmée, taxation des géants de la tech, protection renforcée des données personnelles. Votez avec votre portefeuille : chaque euro dépensé est un vote.
Réduisez votre empreinte numérique. Achetez du matériel d’occasion. Réparez plutôt que de jeter. Allongez la durée de vie de vos appareils en installant une version légère de Linux. Limitez le streaming.
Éduquez-vous et éduquez les autres. Participez à des ateliers numériques responsables.
Avant de partir…
Le compteur du film « Time Out » s'arrête à zéro. Le vôtre, non. Vous avez encore du temps. Décidez de ce que vous voulez en faire.
Si vous voulez agir, voici ce que je vous propose : choisissez une action dans cette page et appliquez-la dès aujourd’hui. Soutenez ceux qui résistent.
Et si vous avez besoin d'un coup de main concret, mentionnez « 00:00:00 » lors de votre prise de contact. Nous vous offrons une petite remise si nous travaillons ensemble. C'est notre façon de vous remercier d'avoir pris le temps de chercher et lu cette page.
Vous voulez réagir, partager vos propres pistes, vos propres alternatives, vos propres découvertes ? Écrivez-vous. Nous lisons tout, et nous répondons toujours.
Le monde numérique tel qu’il est aujourd’hui, n’est pas une fatalité.
C’est un choix.
Et ce choix, c’est à nous de le changer.
Merci d'être venu jusqu'ici.
Jonathan, pour KOVREM.
KOVREM.fr | 09 72 12 86 25 | Prendre contact